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Ce
réseau s'étend de la rivière aux Brochets à la rivière
Yamaska. Les indices sont peu nombreux mais, sur le
site Husler, une concentration de grattoirs laisse
croire à une aire d'activités consacrée au traitement
des peaux. La découverte de plusieurs éléments osseux
de castor vient appuyer cette idée. Ce mammifère se
trouve d'ailleurs dans tous les sites fouillés, ce
qui confirme son importance aux yeux des Amérindiens.
Quelques
siècles avant la naissance du Christ, un autre changement
se produit. La décoration de la poterie se généralise,et
le nombre de vases augmente sur les sites, ce qui
permet de supposer qu'il y eut une réduction de la
mobilité. On remarque ces tendances sur les nombreux
sites de cette époque dans notre région. Les sites
se trouvent près des berges, et la pêche semble devenir
l'activité principale durant l'été.
C'est durant cette période,
qui s'échelonne entre l'an 400 avant J.-C. et 500
après J.-C., que la population semble augmenter et
que les sites sont fréquents. Durant la période qui
suit, d'autres changements se produisent. Le plus
important est la réduction encore plus forte de la
mobilité. Certains sites regroupent plus d'individus
pour un séjour prolongé. C'est le début d'un mode
de vie sédentaire qui peut s'étendre de la fin du
printemps au milieu de l'automne. Les petits campements
d'été sont donc plus rares et nous le constatons dans
notre région. Nous n'avons pas trouvé l'un des gros
sites, mais un vase typique de cette période a été
trouvé sur un site de la vallée de la rivière Missisquoi.
La décoration à la cordelette et les ponctuations
sont des modes décoratives populaires à cette époque.
De plus, la forte dimension du vase suppose son utilisation
comme vase d'entreposage, une autre caractéristique
qui annonce d'autres bouleversements.
Ces bouleversements se traduisent
par l'adoption de l'agriculture, de la vie villageoise
et d'un mode de vie plus sédentaire à partir de l'an
1000 de notre ère. Ces changements ne s'appliquent
pas à toutes les populations et à toutes les régions.
Ces changements étaient radicaux et plusieurs groupes
ont résisté à ces nouveaux comportements.
La
dizaine de sites ayant révélé des occupations de cette
dernière période avant l'arrivée des Européens témoigne
d'une continuité dans le mode de vie. En effet, aucun
village n'a été trouvé et les indices démontrant la
pratique de l'agriculture ont échappé à nos recherches.
Toutefois, le site Bilodeau, du nom du propriétaire,
se démarque des autres. Situé en face du site Gasser
près des premiers rapides de la rivière aux Brochets,
le site a été choisi par un groupe venant d'ailleurs,
probablement de la vallée de la rivière Richelieu.
Ce groupe, dont la décoration des vases en terre cuite
est identifiée à la tradition iroquoienne du Saint-Laurent,
a construit une cabane longue de sept mètres et large
de quatre mètres. Cette habitation pouvait abriter
facilement deux familles venues pêcher le doré qui
frayait au pied des rapides à la fin du printemps.
Le groupe a aussi laissé près de la cabane un petit
dépotoir d'ossements. Ces restes de repas indiquent
une alimentation variée même si elle était dominée
par le doré. Ces Iroquoiens ont consommé de la viande
rouge de castor, d'ours noir et de cerf de Virginie.
Ces prises étaient rendues possibles par une durée
de séjour pouvant s'étirer sur plusieurs semaines.
Pour appuyer cette proposition, on peut ajouter la
fabrication sur place de plusieurs vases. En effet,
les analyses spécialisées indiquent nettement qu'une
argile locale, prélevée à moins de deux kilomètres
du site Bilodeau, était utilisée pour modeler ces
vases, typiques des groupes iroquoiens de la vallée
du Saint-Laurent. Sur
l'identité ethnique des groupes ayant pu exploiter
les ressources de la région de Brome-Missisquoi, il
faut être très prudent. Les documents historiques
indiquent clairement la présence de groupes algonquiens
à l'embouchure de la rivière Missisquoi, probablement
des Abénaquis, ainsi que l'utilisation des grands
axes de circulation par les Mohawks pour mener la
guerre aux Français le long du Saint-Laurent. il faut
se rappeler la bataille entre Samuel de Champlain
et les "Iroquois" au lac Champlain en 1609.
En outre, les données archéologiques permettent d'avancer
l'hypothèse d'une présence des Iroquoiens du Saint-Laurent
dans la région. Le territoire de Brome-Missisquoi
a fort bien pu être occupé ou exploité par plusieurs
groupes ethniques pendant les quelques siècles qui
ont précédé l'arrivée des Européens.
Ces groupes, peu importe leur
origine, utilisent toujours les pierres disponibles
dans la région pour tailler leurs pointes de projectile.
Les artisans préhistoriques ne se limitaient pas seulement
à la taille. ils polissaient aussi la pierre pour
la transformer en hache ou en ciseau à bois. Ces outils,
souvent très lourds, étaient aménagés à partir de
roches dures ramassées sur le bord des cours d'eau.
Les outils polis sont présents depuis l' Archaïque
dans les coffres à outils des populations préhistoriques.
Le Sylvicole se termine avec l'arrivée
des premiers Européens. Aucun site de la région n'offre
des indices de contact entre ces deux mondes. Les eaux
de la rivière aux Brochets continueront d'être troublées
pendant quelques siècles par la cadence des pagaies
en bois, mais plus tard la vapeur puis l'essence seront
utilisées plus fréquemment pour propulser les embarcations
qui fendront le courant et remonteront les rivières
jusqu'à notre époque.
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