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Archéologie
LE

En remontant la Rivière aux Brochets (Suite)

Les recherches archéologiques menées sur le territoire n'ont pas permis de documenter cette période. Elles ont cependant permis la découverte de dix-huit sites amérindiens préhistoriques et d'un site de la période historique (figure 4). Selon nos résultats, ce n'est pas durant la période paléoindienne que s'est déroulé le peuplement de la région.

L
es premiers occupants du territoire appartiennent à la période de l'Archaïque (10000 à 3000 ans avant aujourd'hui). Durant ce long épisode, les groupes s'adaptent à un milieu plus stable et le mode de vie est basé sur l'exploitation de toutes les ressources du milieu. Les populations sont encore très nomades, ce qui explique en partie la mise en place d'un vaste réseau d'échanges.

C
'est sur le site Gasser, ainsi nommé en l'honneur de son propriétaire, que les plus vieux indices d'une présence humaine ont été trouvés. Situé sur une terrasse le long de la rivière aux Brochets, le site occupe une position stratégique au pied des premiers rapides de la rivière. Les Amérindiens pouvaient y pêcher et, comme la rivière se jette dans la baie Missisquoi à cinq kilomètres de là, ils pouvaient aussi exploiter un vaste territoire à l'aide de leurs canots d'écorce. Du charbon de bois trouvé dans un foyer composé de plusieurs pierres rougies par le feu a été daté à l'aide de la méthode du carbone 14. La date obtenue fait remonter l'âge du site à près de 5 000 ans avant aujourd'hui. En plus de cette preuve basée sur une méthode nucléaire, des pointes de projectile ont aussi été identifiées à cette période.C'est en comparant ces pointes avec celles d'autres régions que les archéologues parviennent à proposer un tel âge. Cette approche comparative porte aussi le nom de typologie. On fait des types en se fiant à la forme et à la dimension des pointes. En outre, une des pointes a été taillée dans une pierre qui ne se trouve pas dans la région: il s'agit du chef Onondaga. On connaît même la source de cette matière que l'on trouve dans la région des Grands Lacs, à une distance qui s'élève à plus de 500 km. Ce chef Onondaga est facile à reconnaître. Il est gris avec des nuages de teintes variant du blanc au brun en passant par le bleu. Les outils de pierre étant d'une importance capitale pour la survie des groupes, la matière première était un bien d'échange commun entre les différents groupes.


O
n peut affirmer que le plus ancien groupe à avoir occupé la vallée de la rivière aux Brochets était bien adapté aux ressources du milieu. En plus de pêcher dans les eaux de la rivière aux Brochets et du lac Champlain, il connaissait les sources de pierres aptes à confectionner leurs outils nécessaires à leur survie. Ces sources se trouvent dans les basses terres du lac Champlain. De plus, ce groupe entretenait des contacts avec d'autres groupes, leur permettant de participer à un vaste réseau où circulaient des objets, des individus, de l'information et des modes.



P
eu de temps après, toujours pendant la période de l'Archaïque, de nouveaux groupes font leur apparition. À la confluence de deux branches de la rivière Yamaska, sur le site Husler, nommé ainsi en l'honneur du propriétaire, des charbons de bois trouvés dans un foyer de pierres rougies et éclatées par le feu ont été datés avec le carbone 14 à près de 4 000 ans avant aujourd'hui. Ce groupe parcourait de grands espaces car la matière qu'il taillait provenait d'une source située sur la rive est du lac Champlain. Ce groupe taillait aussi une piene pouvant provenir des collines Montérégiennes et qui est difficile à identifier avec précision. Il s'agit peut-être d'un "siltstone" ou d'une "cornéenne". Pour le confirmer, il faut l'aide des géologues. C'est dans cette matière que les tailleurs confectionnent la majorité de leurs outils. On identifie ce nouveau groupe d'après la taille de ces nouveaux types d'outils. Ces tailleurs de siltstone ou de cornéenne pratiquent le même mode de vie basé sur l'exploitation des ressources. En plus d'occuper la rivière Yamaska, ces groupes sont présents sur plusieurs sites de la vallée de la rivière aux Brochets. ils y pêchaient le doré et chassaient le castor et d'autres gros mammifères. C'est encore sur le site Gasser que l'on trouve le plus d'indices de leur passage saisonnier. D'autres dates au carbone 14 indiquent une présence jusqu'à la fin de la période Archaïque, vers l'an 3 000 avant aujourd'hui.

 

Une nouvelle période, un nouvel élément technologique

À la fin de l'Archaïque, un nouvel élément technologique fait son apparition, le récipient en terre cuite. La poterie devient ainsi le facteur dominant pour créer une période dite Sylvicole (1 000 avant J.-C. à 1534 après J.-C.). Les contenants d'argile ne seront pas très populaires au début. L'étude de l'évolution de la poterie servira aux archéologues pour dater les modes durant le Sylvicole (figure 5). Des analyses sur la composition chimique des argiles utilisées pour façonner les vases indiquent même que ces plus vieux pots étaient des importations au même titre que les pointes et les grattoirs dont la matière origine des Grands Lacs. Durant près de 600 ans, les groupes de Brome-Missisquoi participeront à un vaste réseau d'échanges avec des groupes de l'Ouest. Les données actuelles ne sont pas suffisantes pour évaluer le degré de participation à ce réseau mais il est possible de conclure en l'importance des contacts commerciaux à cette époque.
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